Dossier biographique - Article de Jean Fortier, Allo Police édition du 7 février 1982 page 6

À 20 ans, la vie s’offrait à Daniel Boutin, de Notre-Dame-de-la Doré. Il aspirati à devenir journalier pour le gouvernement du Québec. Les résultats de ses examens écrits étaient bons. Il ne lui restait qu’à passer l’entrevue. À 22 ans, Daniel Boutin n’attend plus la même chose de la vie. Il est partiellement paralysé à la suite de la tentative de meurtre dont il a été victime le 24 octobre 1980.

Les ennuis de Daniel Boutin ont commencé à l’été de 1980. Il travaillait comme apprenti menuisier à Notre-Dame-de-la-Doré. Il avait obtenu ce travail dans le cadre d’un projet «Canada au travail ». Il travaillait à la rénovation d’une scierie historique. Il s’est enfoncé deux côtes quelques semaines avant la fin du projet.
« Je suis allé à la clinique. J’ai dit à la secrétaire que j’avais été victime d’un accident de travail. Elle refusait de me croire. Elle refusait de remplir mon formulaire de demande d’indemnisation de la Commission des accidents de travail » a raconté Daniel Boutin, que nous avons rencontré au domicile paternel de La Doré.
Le médecin croyait au début qu’il avait une toux ou une grippe. Il lui a prescrit des médicaments pour le soigner. La douleur aux côtes persistait toujours. Finalement, le médecin l’a envoyé passer des radiographies. Là on a découvert qu’il avait deux côtes de défoncées. On l’a soigné adéquatement.
Dans l’intervalle, Daniel Boutin avait demandé un emploi dans la fonction publique du Québec. Il voulait être journalier. Il a passé des examens écrits. Il voulait travailler dans la région de Montréal ou de Laval. Ils s’était classé 16ième sur 290. Résultat encourageant pour le jeune homme de 20 ans.
Le lundi 20 octobre, il était à Montréal. Il devait passer des entrevues. Il est allé demeurer chez sa sœur Sylvie et beau frère Jean-Paul Cormier, sur la rue Sussex, dans l’ouest de Montréal. Il a reçu le même jour un chèque de plus de 700$ de la Commission des accidents du travail. C’était le premier chèque qu’il recevait depuis son accident. Il a tenté de l’encaisser dans une banque de Montréal, « C’est difficile de changer un chèque à Montréal quand tu n’as pas de compte à cette banque » a expliqué le jeune homme, qui est malgré tout très optimiste face à l’avenir.
Il a réussi à l’encaisser le mercredi 22 octobre en se rendant à la Commission des accidents du travail, à la Place d’Armes, à Montréal, ou le chèque avait été émis. Il est retourné chez sa sœur. Il a dépensé un peu d’argent. Le jeudi 23 octobre, quelques heures avant le drame, qui devait changer l’orientation de sa vie, Daniel Boutin avait environ 500$ en poche.
Voici comment il nous a expliqué les événements qui l’ont rendu partiellement paralysé, qui l’obligent à porter des lunettes et qui ont fait de lui un épileptique :
« J’ai quitté l’appartement de ma sœur vers les 21h30 ou 22h. Je me suis rendu à pied au bar de la rue Sainte-Catherine, non loin du Forum, dans l’ouest. J’ai bu quatre bières et j’ai joué au backgammon avec la barmaid.
Je suis parti du bar vers minuit pour retourner chez ma sœur. Je n’ai pas vu partir les deux gars qui étaient au bar avec moi. J’ai traversé la rue Sainte-Catherine pour aller sur la rue Closse. J’aillais traverser la rue quand j’ai reçu un bon coup de bâton sur la tête. J’ai vu deux gars qui m’ont dépassé en courant. Je les ai suivis en marchant plus vite.
J’ai vu Timothy Keating dans les marches du 1243 de la rue Sussex. J’ai vu Trenton Mack Hayes sur le coin de rues Sussex et Tupper. Je me suis ensuite évanoui. Je pense que c’était là qu’ils m’ont volé mon argent.
Je me suis relevé plus tard. J’ai laissé mes vêtements dans la salle de bains. Jamais je ne laissais traîner mon linge. Le matin, mon beau-frère m’a interrogé sur mes blessures. Je ne répondais pas. J’en étais incapable. Je me suis levé pour me rendre sur le balcon du neuvième étage. Je n’ai pas pu me rendre. J’ai été malade avant. Je suis allé dans la salle de bains oû j’ai été malade.
Mon beau-frère n’a pas paniqué. Il m’a habillé. Il a eu de la misère parce que déjà j’avais le côté droit paralysé. Il m’a transporté à l’hôpital Saint-Luc de Montréal. Là je ne me souviens plus de ce qui s’est passé. J’étais inconscient.
J’ai passé une semaine dans le coma. Ensuite je suis revenu partiellement à moi. J’étais dans un état semi comateux. Je parlais avec les autres patients et je ne parvenais pas à me souvenir de ce que je leur avais dit.
J’ai été hospitalisé pendant un mois à l’hôpital Saint-Luc. Du 14 novembre 1980 jusqu’au 10 février 1981, je suis allé dans un centre de réhabilitation. J’ai rencontré plus tard le docteur Guimond, le neurologue qui m’avait soigné, et il m’a dit que je revenais de loin » à mentionné Daniel Boutin.
Daniel Boutin n’a plus la force de travailler aujourd’hui « Je ne peux pas rester à rien faire. Pendant deux ou trois heures par jour, je fais de l’ébénisterie. Il y a des journées ou je ne peux pas en faire parce que ma jambe droite me fait mal ou encore parce que je ressens de vives douleurs à la nuque et au dos. Je suis épileptique aujourd’hui. Mon épilepsie n’est pas encore contrôlée. Mais je dois dire que je fais moins de crise qu’avant. Je dois avaler 500 mlg de pilules par jour pour me soinger. À cause de l’épilepsie, j’ai perdu mon permis de conduire. Je ne sais pas quand je pourrai le ravoir. De plus, je ne pense pas que je redeviendrai ce que j’étais avant. Durant le procès de Keating, j’ai rencontré le docteur Guimond. Il a avoué sa satisfaction face à ma guérison, mais ikl m’a aussi mentionné que je porteria toujours des séquelles de cette grave blessure et que ma main droite ne fonctionnerait plus jamais bien. Malgré tout, je me considère chanceux d’être encore vivant. Le pire dans tout ça, ce n’est pas le mal physique, mais ton mental qu’il faut que tu occupes » a dit Daniel Boutin avant de nous laisser partir.
Pendant que Daniel Boutin luttait contre la mort à l’hôpital contre la mort, les policiers du poste 25 de la police de la CUM entreprenaient leurs recherches. Ainsi ils ont appris que, quelques heures après le drame, Timothy Keating, 20 ans, avait remis à sa logeuse de la rue Sussex le bâton de baseball qui a servi à assommer Boutin.
Quelques jours plus tard, il a déménagé ses pénates à Longueuil. Il a laissé le logement en désordre…Il a demeuré chez une amie avec Trenton Mack Hayes, 22 ans, un Américain demeurant au Nebraska. Quelques jours après avoir emménagé à Longueuil, Hayes este retourné aux Etats-Unis.
La demande d’extradition a été accordée le 26 février 1981, soit 16 jours après la sortie de Daniel Boutin du centre de réhabilitation. Il est arrivé au Canada le 23 avril 1981.
Au début de juin 1981, il a subi son enquête préliminaire. Il a été libéré, Timothy Keating a refusé de témoigner contre son complice. Malgré son silence, Keating n’a pas été libéré. Daniel Boutin pouvait l’identifier positivement. De plus, la preuve présentée par Me Ginette Kirouac, au juge Jean Longtin, était accablante pour lui. Il a été trouvé coupable de tentative de meurtre et de vol qualifié le 23 décembre 1981. Le 5 janvier 1982, le juge Lontin l’a condamné à sept ans de pénitencier. Il lui a interdi de posséder une arme à feu ou toute substance explosive pendant cinq ans apr`;es sa libération du pénitencier.
Justice à été faite, selon Daniel Boutin. Mais le jeune Boutin n’a jamais entendu parler de la condamnation de Keating. Ce sont les représentant d’Allo Police qui l’ont informé le vendredi 15 janvier, lors de la rencontre au domicile de ses parents.

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